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Derrière le laser, il y a parfois une vraie créatrice…

SylveAujourd’hui, Sylve est contrarié. Bon, comme il est contrarié environ trois fois par jour, ce n’est pas une information exceptionnelle. Mais cette fois, je dois reconnaître qu’il n’a pas tout à fait tort !

Il y a quelque chose d’assez étrange que je n’avoue pas souvent : lorsque je candidate à certains marchés de créateurs, j’évite désormais d’écrire noir sur blanc que je travaille avec une machine laser. Je contourne le sujet. Je reformule. Je parle de créations en bois dessinées et fabriquées dans mon atelier. Je joins mon portfolio. Je laisse les photos parler à ma place !

Pourquoi ? Parce qu’avec le temps, j’ai compris que le simple mot « laser » pouvait parfois suffire à fermer une porte avant même que mon travail ne soit regardé.

Cette réflexion m’est revenue récemment en découvrant l’annonce d’un marché qui semblait particulièrement sérieux. Tout y était : une présentation claire, des critères cohérents, une volonté affichée de valoriser les créateurs et les savoir-faire. J’étais même plutôt enthousiaste en lisant le descriptif et j’avais déjà envie de postuler !

Puis je suis arrivée à la liste des activités qui ne seraient pas acceptées.
Parmi elles : la gravure laser.
Et j’avoue avoir ressenti un mélange de frustration et de lassitude. (encore !)

Si demain je dessine pendant dix heures un modèle original, que je le vectorise moi-même, que je réalise les prototypes, les ajustements techniques et la fabrication, suis-je moins créatrice qu’une personne utilisant un autre outil ?
Et là, Sylve pourrait intervenir avec son habituel mauvais esprit :

l'avis de Sylve– D’après mes calculs de chat professionnel, un laser est incapable de dessiner tout seul. En revanche, il est parfaitement capable de servir de bouc émissaire.

Attention, je comprends pourquoi certains organisateurs en arrivent là.

Je fréquente les marchés depuis suffisamment longtemps pour avoir vu défiler les mêmes produits encore et encore. Les arbres de vie identiques d’un stand à l’autre. Les décapsuleurs. Les planches à découper gravées avec des citations vues mille fois. Les objets personnalisés à partir de fichiers téléchargés sur internet. Les cadeaux pour maîtresse, maman, mamie, ou collègue reproduits à l’infini.

Et je vais même vous faire une confidence : j’ai commencé comme ça moi aussi.

Lorsque j’ai découvert la gravure laser en 2019, j’étais fascinée par les possibilités techniques de la machine. Comme beaucoup, j’ai acheté des fichiers. Comme beaucoup, j’ai testé des produits qui plaisaient au plus grand nombre. Comme beaucoup, j’ai cherché ma place.

Je ne renie absolument pas cette période. Elle fait partie de mon apprentissage. Mais avec le temps, quelque chose a changé. Ou plutôt, J’AI changé !

Pendant longtemps, mon stand ressemblait à une accumulation d’idées destinées à plaire à tout le monde. On pouvait y trouver un peu de tout. Beaucoup trop de choses différentes pour raconter une histoire cohérente.

Puis Arboria est arrivée dans ma vie

J’ai commencé à créer moins, mais à créer mieux. À réfléchir davantage. À construire un univers qui me ressemble vraiment. À dessiner mes propres modèles. À passer des heures sur Illustrator pour transformer une idée griffonnée dans un carnet en objet réel.

Cliquez pour agrandir ! Du dessin à la gravure, un processus complet de création

Aujourd’hui, l’immense majorité de mes créations sont entièrement conçues par mes soins. Certaines représentent plusieurs heures de dessin, de recherche, de tests et d’ajustements avant même d’approcher la machine. Il m’arrive d’acheter une licence pour une structure complexe que je ne parviens pas encore à concevoir par moi-même, mais jamais je ne l’utilise telle qu’elle existe. Je joue avec, je l’adapte à mon univers. cela représente une partie infime de mon activité.

 

Et pourtant, lorsque quelqu’un regarde le résultat final, il ne voit souvent qu’une chose : « C’est du laser. »

Certes…..

Comme si l’outil effaçait tout ce qui s’est passé avant. Pourtant, mon laser n’a jamais dessiné quoi que ce soit.

Il n’a jamais imaginé un marque-page inspiré d’une bibliothèque ancienne. Il n’a jamais conçu un décor de sorcellerie douce. Il n’a jamais passé une soirée entière à déplacer des points d’ancrage sur un fichier vectoriel parce qu’une courbe refusait obstinément d’être harmonieuse.

Mon laser exécute, c’est son travail.

Mon travail, c’est tout ce qui se passe avant. : c’est l’idée. Le dessin. La composition. Les essais. Les échecs. Les corrections. Les prototypes. La recherche d’un équilibre entre esthétique et faisabilité technique. C’est d’ailleurs pour cette raison que je me définis plus volontiers comme créatrice que comme artisane pour cette partie de mon activité.

Je réserve personnellement le terme d’artisan à des savoir-faire spécifiques que je respecte profondément. D’ailleurs, lorsque je fabrique mes bougies, c’est davantage dans cette démarche que je me reconnais.

Mais au fond, peu importe les mots. Ce qui m’interroge, c’est cette tendance grandissante à juger une création par l’outil utilisé plutôt que par la démarche qui lui a donné naissance.

Personne ne remet en question le talent d’une couturière parce qu’elle utilise une machine à coudre. Personne ne refuse le travail d’un tourneur sur bois parce qu’il utilise un tour. Personne ne considère qu’un céramiste triche parce que son tour est électrique plutôt qu’actionné au pied.

Et heureusement ! Parce que dans tous ces métiers, nous comprenons instinctivement que l’outil ne remplace pas le savoir-faire.

Alors pourquoi le débat devient-il différent lorsqu’il s’agit d’un laser ?

Je ne prétends pas avoir la réponse. Je sais simplement qu’il existe une différence immense entre télécharger un fichier prêt à l’emploi et imaginer une création originale de A à Z (et sans IA svouplé !).

Du dessin à la gravure, un processus complet de création

Cette différence ne réside pas dans la machine : Elle réside dans la démarche créative, dans le temps consacré à concevoir, les compétences développées, dans la capacité à proposer un univers personnel plutôt qu’à reproduire celui des autres.

 

Je comprends les organisateurs qui cherchent à préserver l’authenticité de leurs événements. Je suis aussi organisatrice avec l’asso La Vitrine des Créateurs des Flandres et nous sommes très sélectives ! Je partage même souvent leurs inquiétudes face à certaines dérives, ou certaines… facilités ?


Mais je crois qu’il est parfois dommage de condamner un outil entier sans regarder ce que les créateurs en font réellement. Car derrière certaines machines se cachent simplement des personnes qui dessinent, imaginent, créent et cherchent, comme tant d’autres artisans et artistes, à donner vie à leur univers.

 

Et si vous croisez Sylve dans l’atelier aujourd’hui (il dort probablement dans son chaudron !), sachez qu’il a déjà rendu son verdict sur la question.
Selon lui, le véritable problème n’est pas le laser : Le véritable problème est qu’après toutes ces années, cette machine est toujours incapable d’avoir des idées toute seule !

 

Croyez-moi, si elle y arrivait, elle écrirait probablement cet article à ma place (pas d’IA ici non plus, juste des mots du cœur !) !

Il suffit parfois de déplacer le regard : de l’outil vers l’intention, de la machine vers la main qui imagine. Le débat devient alors beaucoup plus doux.

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